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dimanche, 29 janvier 2006

Maria Soudaïeva : Slogans I, 6-8

« Offre du groupe Number Dva : désincarnez Natacha Amayoq, nous quitterons les maisons étranges ! »

(Je ne sais pas s’il faut des majuscules à NUMBER DVA).
Le « groupe n° 2 » : (number en anglais, dva en russe) un collectif d’ombres écrivantes, pensantes et autrement agissantes, qui occupe, qui squatte les « maisons étranges » (rime avec « harfange », « ange » et « orange »). Il faut que ces anges-là « quittent les maisons étranges », mais ils ne le feront que si les bourreaux de Natacha Amayoq tiennent enfin compte des plaintes de leur victime. Peuvent-ils sombrer dans une telle bonté ? Font-ils partie de ces lointains initiés (si proches de nous, nos chefs encore) qui exploitent l’énergie de la souffrance DES AUTRES ? De ces êtres sans (trop de) remords qui ont appris (car ce n’est pas naturel) que « le moteur de toute réalité [est] constitué de souffrance, de solitude, de détresse » ? (A. Volodine, Des enfers fabuleux, p. 25). Qui ont également appris à « frôler les plus atroces, les plus douloureuses situations, sans en ressentir le moindre désarroi » ? (Ibid.)
Offre du groupe Number Dva : crise de compassion. Les blattes (car les révolutionnaires à l’agonie sont des blattes) veulent infléchir les bourreaux ; ils savent que les bourreaux nés de leur imagination peuvent succomber à des sentiments de blatte… Le narrateur des Enfers fabuleux ne le cache pas : « Souvent, Wijeyekoon [un initié recruteur bourreau] sursautait et se redressait [il est allongé, censé dormir, REVER], une houle d’inquiétude le soulevait, de remords, de compassion, surgie des fosses inexplorées de son esprit, et brusquement assez puissante pour le déséquilibrer, le faire chavirer et le ramener à la conscience […] Il se pétrifiait sous le poids de ce tourment inadmissible de l’autre, sous la responsabilité de ces ténèbres, sous les principes odieux d’un tel engrenage. » (id., p. 60-61).
Désincarnez Natacha Amayoq : tuez-la pour de bon, libérez-là de cette vie, de cette mort, et de toutes ses autres vies-et-morts ! Elle ne vous apprendra rien de nos plans, de nos misérables plans, de nos projets d’échec et d’abjection. Elle ne nous trahira pas. Elle n’a plus de lèvres, plus de langue, plus de cervelle. Vous avez bu ses muscles et ses os, avez tendu sa peau sur un tambour abyssal, et son âme sur une croix de malédictions.
Nous quitterons les maisons étranges : les lieux que nous occupons, qui n’ont de « maison » que le nom et sont « étranges » autant que cloacaux, invivables pour qui ne tient pas de la vermine, étranges comme étrangers, comme paradoxaux, puisqu’ils n’occupent pas d’espace autre que mental, nous les « quitterons », autrement dit nous « changerons notre fusil d’épaule » et vous attaquerons autrement, ô maîtres de VOS esclaves, jamais de nous. « Désincarnez » notre sœur Natacha et nous cesserons de vous menacer de nos puanteurs létales, de nos intentions méphitiques, de nos apparences maudites. Désincarnez-la une bonne fois pour toute ! Qu’on passe à autre chose.

« Achevez Natacha Amayoq ! Soutien total à l’offre du groupe Number Dva ! »

Maria Soudaïeva, du groupe des « porte-voix insubstantiels », juge opportune, juge acceptable l’offre de Number Dva. Elle lui apporte son « soutien total ». Apportons notre soutien total à ceux qui veulent « abolir le monde », ce monde de simagrées, d’inégalités, d’injustices (longue kyrielle de plaintes et de revendications). La révolution manquée désigne la vie foutue d’un nombre d’êtres innombrables. Nous sommes des prisonniers de guerre, des cobayes de la connerie sans nom qui voudrait nous configurer. Somme toute, blattes parmi les blattes, nous avons du cœur.

« Non aux renaissances de Natacha Amayoq ! »

Non aux fausses vies, aux camps de prose où la pourriture le dispute à la désolation, les ulcères aux chancres, les mensonges à la baston ! Non à l’ignorance compulsive, à l’angoisse érigée en mode de vie, à la vie ! Non à tout, et surtout aux douloureuses renaissances des imbéciles qui croient que tout est vrai !

23:35 Publié dans Lozungi | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Les ulcères au chancre... Oui et les émoroïdes??? ou?

Écrit par : Vilaine fille!!! | lundi, 30 janvier 2006

Les astéroïdes ? Mais dans les espaces infinis, ma chère.

Écrit par : nonihil | lundi, 30 janvier 2006

Les commentaires sont fermés.