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jeudi, 23 mars 2006

Le Fruit

果     禪     無     世


境     乘     我     間


不     阿     外     洲


思     賴     道     樹


議     耶     行     林


vendredi, 17 mars 2006

Maria Soudaïeva, Slogans, I, 13

« Orphelines de l’amère étoile :
solidaires de Natacha Amayoq ! »



Orpheline par la vérité – c’était sa naissance –, elle tombait en se blessant cruellement aux dents du puits, aux lames des murs, aux griffes des balconnets, toujours plus vite et rouge, sans jamais rencontrer de fin, sa chute s’accélérant avec la folie dont la souffrance et l’horreur imprégnaient le fantôme de son corps en chacune de ses déchirures hallucinées, chacune de ses parties arrachées, et elle tombait de toutes parts, elle-même par milliers, des milliers d’elle-même tombaient en souffrant dans l’infini de la souffrance, de la souffrance imaginée à l’infini, à l’infini goûtée, tant d’orphelines solidaires de Natacha Amayoq tombaient en fécondant l’abîme de leur chair éclatée que le Barâtre aussi, dressé comme un juste sur son socle de morve, restait les bras ballants à ne pas les compter, bien que contemplant leur chute.

Elles avaient coulé de leur mère, étoile amère, pour, embarquées sur le tilde de la mort, traverser l’amas des bardos et rejoindre au combat l’aporie incarnée en Natacha Amayoq. Le front de leur ciel était troué en son centre par l’Étoile des États bourreaux, en lieu et place de la Perle du Géant qui flamboie entre les sourcils d’aigle du Prolétariat: elles essuyaient l’impardonnable méprise d’avant le choix des êtres, la mort de toujours où l’étoile ni rien n’avait jamais été et où, aux filins d’or du Projet, elles pendaient, orphelines.

00:16 Publié dans Lozungi | Lien permanent | Commentaires (4)

mardi, 07 mars 2006

Monologue avec Mañjushrî

Bien que j’ignore le sens et le ressenti de ce que je vais dire pour commencer ce texte, je dis et redis : « Hommage à Mañjushrî qui dissipe les ténèbres de mon esprit ! » Ainsi rends-je hommage à Dieu comme un bon croyant avant de commettre ce texte que je voudrais juste un peu moins qu’entièrement vain et même, foin du ridicule, pas totalement inutile à quelques-uns de mes frères et sœurs par le désarroi et la curiosité – mes cousines et cousins les animaux de bonne volonté.

Rien de pire que la connerie, ô Mañjushrî, qui semble, quand je n’en peux plus, nous configurer tous, animés et inanimés, jusqu’à la plus improbable particule. Tu me diras, Douce Gloire, qu’il y a connerie et connerie. Et j’acquiescerai, dieu des dieux. Toi qui connais le néant de la naissance et ne commets rien d’autre que la bonté du vide, aide-moi à « bien comprendre » la connerie pour mieux la déjouer, pour mieux nous en libérer tous. La connerie, c’est l’art de se tromper sans même le savoir, sans même le concevoir. Je crois, maître des maîtres, que les bouddhistes parlent plutôt d’« ignorance ». Si j’use non sans vulgarité du mot vulgaire « connerie », c’est parce que je veux ajouter au simple mot « ignorance » une nuance de désespoir vulgaire, le colorer en recourant au nom exact, même argotique, de son expression la plus fréquente dans « mon » quotidien.
La connerie est à l’ignorance ce que la porcelaine est à la faïence – et la saucisse au boudin… L’homme est très con, l’animal l’est assez. Les arbres ne sont jamais cons. L’homme est con parce que, entre autres, il n’est plus un enfant ; et l’enfant est con parce qu’il n’est pas encore un homme – au sens con du terme. La femme est con, et même conne, d’une connerie aussi énorme que celle des hommes, et toutes ces généralités, seigneur Mañjushrî, ce ne sont que des conneries, aussi. Il n’est d’ignorance que du particulier. Il n’est de science, et de conscience, que de l’obligatoire – du nécessaire.
Je suis obsédé, et j’ai beaucoup d’autres maladies. Je suis grevé d’obsessions maladives, malsaines – je crois à mes chères obsessions. Obsédé par le sens, le pourquoi, l’ultime justification de ce foutu pourrissoir. Car, Bouche d’Or, tu le dis toi-même, à peine nés nous vieillissons, diminuons irrémédiablement le temps de vie que nos actes nous ont imparti… Ah mais, ah mais, cher Douce Gloire, je crève de vous dire que primo je ne crois pas que vous ayez plus qu’un autre survécu à votre mort, si jamais vous êtes né, et que secundo je ne crois pas au karma – autrement dit la morale raccrochée au train de la causalité.
Tiens, je t’ai vouvoyé pour te traiter de souvenir, de pauvre mort inutile, de disparu dont il ne reste que le nom. Je voulais te dire, Clarté de mon Esprit, que je ne crois plus, que je ne peux plus croire et que je n’ai jamais cru, te dire que je ne croirai peut-être jamais que toi, monsieur Douce Gloire, tu as « atteint l’Éveil », et par-là dépassé la vie et la mort. Tu es mort, Mañjushrî, mais j’ai envie de monologuer avec toi, de te rendre hommage ou du moins, à la cristalline clarté de ton nom, crier l’amour inexplicable qui m’attache à ta pensée depuis que j’ai seize ans, depuis toujours. Mystère, je t’aime, Mañjushrî : tu es le dieu que j’aime et que j’adore du plus profond, et du plus creux, de mon athéisme. Hommage à toi, Super-Inexistant !
De claque en claque, de joue en joue, la justice et la paix, la morve et l’eau claire, la belle intelligence et l’injuste connerie nous défigurent, nous piétinent, nous rappellent notre néant, et ce faisant nous font grandir assez pour que nous nous cognions au plafond plus méchamment encore. Doux Protecteur, surgissez, surgissez du déraisonnable : « Hommage à toi qui jaillis du néant ! » dit ton Choral.