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jeudi, 01 juin 2006

Mentolises de chez menthal cueillies par une froide nuit de mai

[Mi-avril]

Une théorie qui intégrerait les deux évidences : la matérialiste et l’idéaliste (spiritualiste) ? Mais pré-tantrique, autrement dit qui n’aurait pas réponse (parfois facile) à tout.
Dans le Lankâ, on pourrait distinguer un âlaya, conscience insouillée (par les idées de pur et d’impur), dont la conscience fondamentale est la claire lumière – ce tréfonds est-il différent du corps essentiel ?
Différence entre kun gzhi et kun gzhi’i rnam shes.

Les détails infinis d’un enchaînement de visions psychédéliques, souvent des contenus de la MLT (mémoire à long terme), peuvent-ils se ramener à des configurations moléculaires, voire à des semences (bîja), les unes dans le cortex et les autres dans l’esprit ? Quelle analogie avec les images à haute résolution, etc. ?
Quelle est, somme toute, la « substance » de la conscience, sa « quoddité » (quod est) ?
– Un « instant de claire lumière », comme dirait le Dalaï Lama ? « Un instant », je comprends. La « claire lumière » n’est pas un objet de pensée – rnam rtog gis brtag bya min.

Connaissance aperceptive et claire lumière
自證 清靜[光明]
rang rig ‘od gsal
自證 理智不二 理…
Je crois que tout est là
Rapport entre la connaissance aperceptive
et la non-dualité de la vérité et de la sagesse :
perception « perpétuelle » et toujours « adéquate »

Michel Serres, La traduction (Hermès III), éd. de Minuit.

Quand on me dit que cette sagesse se connaît elle-même, je me demande ce qu’elle peut bien connaître.
La description de la sagesse en tant que claire lumière est tellement pratique !
La conscience fondamentale (âlaya-vijñâna) est la substance de toutes les consciences : de chacune la « part qui voit » (darshana-bhâga) dépose sa vision sous forme de semence dans la « part connaissance aperceptive » (svasamvitti-bhâga) de la conscience fondamentale.
La vie des semences est affaire de nature de bouddha, pensé-je.

a) Perception purement réactive 五識
b) Images des réactions & 意識
individualisation -> appréhension = appropriation 意
c) Aperception (-> mémoire) 本識

Les consciences dérivées ne sont que des instances, des modes, de la conscience fondamentale.
Le sens du mot « base » (âshraya) : substance même ? Je le crois.
// L’essence, la sapience de l’esprit.

Il faut que je me prouve que non seulement la matière est esprit, pensée, mais que la mort, elle non plus, n’existe pas. Parce que je ne réussis pas à placer ma sagesse, ma claire lumière, ailleurs que dans un cerveau. Le monde d’images et de sensations qu’elle produit comme un acide (lysergique) a besoin d’un cerveau (et d’un moi ?). J’en suis là ; ça m’énerve. Je voudrais tant que tout cela jaillisse de la claire lumière de mon esprit : c’est le cas, me diraient mes amis tibétains. Mais je n’en suis pas convaincu ; et je refuse toujours de tenter l’expérience de m’illuminer – sauf par hasard, bien sûr : bienvenue au satori inattendu !

Impossible de passer outre les représentations ! L’idée d’un monde entièrement inanimé n’est après tout qu’une idée ! La matière n’a de réalité que dans la pensée. Autrement, non pensée, elle n’existe, en quelque sorte, pas… Au pied d’une colline bien visible, qu’on y pense ou pas, on est dans la pensée (esprit, sensation) de la colline. La colline n’est pas l’image de la colline, mais plutôt la vie avec la colline, toute l’expérience de la colline.

Je suis endormi, anesthésié, peu importe. On vient me tuer : quelle réalité ?
1. Ma conscience fondamentale se poursuit
2. Je ne meurs pas : je me suis juste endormi. Je passe de l’inconscience du sommeil à l’inconscience de la mort. Je ne me réveillerai plus, mais ça, je ne le saurai jamais, ni si le monde existe. C’est sûr !

Le rang rig (aperception : conscience de soi claire par soi, « soi » désignant l’expérience ou l’instant de perception) est le seul moyen de dépasser ce… manichéisme… Je le veux !

Tout le système des consciences : un corset pour les imprégnations (semences).

Que le proton (par exemple) puisse être corpusculaire et ondulatoire dans le même espace-temps devrait me permettre d’envisager un socle, un support peu classique pour mon cher rang rig. Je ne parviens pas à imaginer des mondes reposant sur la quasi, la pure abstraction d’un déclic immatériel, d’un caractère tellement chimérique que je ne réussis même pas à me le représenter par bribes, par molécules déchirées… Seulement des éclats de claire lumière, une imagerie outre-tout mais véhiculant quoi ? A quoi bon ? Fin de la douleur OK, début de l’omniscience. Vraiment celle-ci, la première idée fictive de taille : à définir !


[Vers le 23 avril 2006 à 1h du mat’ dans le petit bureau des Valats]

La « matière » même du proton, parfois « grain » parfois « onde », pour me demander, encore et encore, en quoi elle est faite, la pure aperception dont tout est fait. J’entends sagesse, vibrations, couleurs, j’entends virtualités, potentiels tout-puissants et autres vérités magiques. Quand la faculté prend appui sur le corps « tel que l’esprit en est l’image », elle le fait comme elle le fera entre le cadavre et la zygote : par-delà le temps et ces oiseux obstacles inconsistants.

Notre chère vacuité passera le relais entre cette vie-ci et cette vie-là. L’aperception individuelle se reposera sur la vacuité de la vacuité sans dénaturer la causalité karmique qui lui est égale. Et ne me parlez pas d’indétermination, de confusion, ni de rien !

« Depuis toujours il n’y a rien » : la seule vérité, n’en déplaise à ceux qui n’aiment pas les idées aussi tranchées. « Seule » n’est pas petitement exclusif ; c’est une façon de parler. « Vérité » dit ce qu’il veut dire. Que signifie cet énoncé diabolique ?
L’inimaginable nirvâna.
Le regard porté sur quelque chose – car il y a quelque chose ; « rien » est impossible, un peu nul –,
Sur quoi que ce soit – c’est infini :
reste, omniprésent, le regard,
sagesse
alors là, boum crac : modélisations de l’Absolu…

Ce regard est sans mépris pour la chose
puisqu’il n’y a rien sinon (le) depuis-toujours.

Une chose qui serait autre
que le « depuis toujours »
ne serait pas.

Non un caractère primordial « vide » etc. plaqué sur la chose.
L’apparence interdépendante et illusoire
n’existant pas un seul instant :
c’est la nature même de l’esprit –
il a donc tout pouvoir de le voir !

Les choses de la métaphysique sont aussi complexes que les choses de la vie. Immuable extrêmisme, constamment.

Svabhâva samvittibhâga darshanabhâga
(bîja ~ vikalpa) nimittabhâga
pratyâtmâvabodhajñâna


Il y a des paysages totalement chimériques
des paysages conditionnés/circonstantiels [peu chimériques]
purs & impurs
et des paysages absolument parfaits/réels [pas du tout chimériques]

Clou chassant un autre clou :
le super-chimérique des tantras
adapté au dépendant impur
« forme » un dépendant pur
propice à l’advenue du réel.

Je ne veux convaincre personne de mon aise spirituelle, ni moi-même.
Je ne suis pas à l’aise, et pourtant à l’aise
dans le malaise, sans complaisance.
Je le jure : affaire de regard.
Je dis « malaise » mais c’est faux :
« ainsité » devrait mieux convenir,
ainsité et rien d’autre.
L’ainsité n’exclut rien.
Le Dasein se fait du souci
(il y va de son nœud de cravate)
Je dogmatise à mort : qui n’applaudit pas ?
Je me tais : tout le monde s’en fout.
La méthode introspective
la subjectivité transcendantale
le lait qui bout qui déborde
merde
éponger
l’écume ontique des jours


[13/5/06]

…Je trouve assez difficile les Mystères essentiels du Lankâ de Fazang, mais je commence à peine ! Je ne cesse de réfléchir à « tout est esprit », à une théorie unitaire idéalo-matérialiste…
Je cherche quelque chose qui résonnerait dans le cœur d’un penseur occidental ou occidentalisé (pour des raisons techno-scientifiques, par exemple).
Tout tient à la « nature de bouddha » (tathâgatagarbha), cette merveille qui (ré)unit [Fazang et le Huayan ont beaucoup à dire à ce sujet] l’apparence et la vacuité. Mais je lorgne aussi du côté de l’essence de la conscience, qui est changeante, karmique et « réelle ». Son aspect « réel » est la vacuité ; les deux autres aspects forment l’apparence. L’apparence de la conscience, son activité, donc, présente un pôle « image » (apparence) et un pôle « vision » (perception). Le pôle apparence est l’éclosion (manifestation) d’une semence (karmique), à quoi le pôle perception ne fait que réagir en produisant avec son « sens » (contenu) une autre semence-expérience. La science des « semences » est relativement complexe. Qv.
Les deux pôles sont immédiatement connus par la pure aperception, qui est en fait la « substance unitive » : ce qui m’est difficile à comprendre ; d’autant que cette pure aperception ne peut être autre que la sagesse de l’Ouvert, la claire lumière naturelle de l’esprit.
La conscience fondamentale s’intègre, sous forme de semences, la perception (qui est aussi discrimination – c’est le sens de « clair »), et ainsi, d’instant en instant, dans toute sa complexité, le monde et ses habitants vivent dans l’esprit de chacun au fil des semences qui s’épanouissent en « projetant » le monde extérieur et la matière, ainsi que tous les états de conscience de chacun des êtres, jusqu’au plus infime.
Pourquoi plutôt « conscience » que « connaissance » pour vijñâna ? Pour son caractère instantané, indifférent à son contenu, clair et pourtant neutre : quelque chose que le matérialisme voit comme un épiphénomène de certains processus cérébraux. J’inclinerais à croire, dans mon ignorance, que la pensée (citta, la conscience de maturation) est la matière même des choses matérielles et immatérielles, leur « étoffe » pour ne citer personne. Je trouve cela plausible, possible, et probablement vrai, au vu de l’impossibilité du temps réel et de l’insaisissabilité de toutes choses, et surtout dans cet état de l’absolu du présent, où il est évident que plus grande perfection est impossible. Bref, je suis « idéaliste » en ce moment, un mélange de printemps, d’ouverture – eh oui – et de grande bouderie bonhomme et rageuse – pendant que l’alouette vrille son drôle de chant.
On peut imaginer que le conscient et l’inconscient correspondent respectivement aux consciences dérivées et à la conscience fondamentale. N’est-il pas incorrect de rapprocher la conscience fondamentale de l’inconscient ? Les semences qui ne sont pas encore mûres, le contenu « essentiel » (substantiel ?) de la conscience fondamentale, ne sont pas manifestes, on n’en fait pas l’expérience « consciente » ; mais toutes les expériences, qui sont des paquets de modules, des chaînes de références, bref, des programmes, des algorithmes d’ordre purement psychique [non non, les processus cérébraux qui les implémentent – que la mémoire se logerait dans des configurations moléculaires au niveau des neurones !], n’attendent que l’occasion de renvoyer leur potentialité, pour « informer » l’expérience incessante. Et à la mort ? L’agrégat physique, abandonné par la conscience fondamentale qui le « tenait », s’en retourne au néant, tandis que tout le reste continue…

L’extase me manque. Je ne fais rien pour me la faciliter : je veux planer, « être mauvais » et « être bon ». Je dis que la nature de bouddha englobe tout, bouddhéité, ma vraie nature, ici et maintenant, et même en pleine souffrance insupportable : je reconnais ma faute quand je l’oublie, en pleine souffrance, je la reconnais et tout reste pareil, tel quel, immuable (en tant que tel) et parfait. L’impression que le temps s’écoule, l’avancée du temps est une faiblesse, et sa nature erronée la laisse dans le néant.
Et même, récognition ou pas récognition, réalisation ou pas réalisation, c’est tout un, ce n’est rien, ce n’est vraiment rien ! Je crois sincèrement que le néant extraordinaire de la vacuité désigne « quelque chose » de bien plus subtil et parfait encore (l’ultime, mon bon seigneur !) que le grand soi et les autres brasiers de claire lumière – ce que les Vijñânavâdins font semblant de trouver plus vrai que vrai alors qu’ils ne font que rehausser toujours plus l’inconcevable éclat de « depuis toujours il n’y a rien ».

Un article sur les « nouveautés », les « très grandes idées » du Lankâ ? La bouddhéité est la base de tout : on est en plein dans la « voie du fuit, ou résultante », la pensée du dzogchen, des tantras et du zen. La bouddhéité ou « nature de bouddha » a un nom et des attributs chez l’homme. Son nom : « conscience fondamentale » et ses attributs : l’upâdi, l’acte pur de s’intégrer d’une part les semences de toutes les expériences des sept autres consciences et d’autre part le corps et son environnement. Le corps est ici le « support » des six facultés psychosensorielles, lesquelles sont les produits karmiques des grands éléments, eux-mêmes des noms perçus à l’intérieur de chaque esprit.
Comme autre essentielle fonction de la conscience fondamentale, celle de prêter sa substance aux sept consciences dérivées dont la première, appelée « mental » est un système d’exploitation à soi seul composé de modules karmiques immémoriaux, tous fait de schémas habituels nés de jugements d’existence et de valeur purement imaginaires etc. – au sein du même continuum de conscience depuis l’absence de commencement (autre signe de vacuité).

Conscience de soi claire par soi


[14/5/06]

Pour Fazang, l’école Huayan intègre et dépasse tous les enseignements. Je viens de traduire une brève définition de sa vision de la production interdépendante qui a tout de « l’entre-fusion imbloquée » sur quoi le « lamaïsme » m’a généreusement déniaisé.
Fusion parfaite du principe et des choses : la possibilité du bien, comme du mal, infini : la liberté !
Ne pas oublier la « puissance de l’esprit » dans une lignée toute huinengo-heideggérienne !

(à suivre)





Commentaires

Par association ...

la "conscience de"
comme trajectoire d'un point par rapport à un cercle

passe à distance
: inconscience (indifférence)

courbe tangente
: illumination fugitive (conscience/compréhension tangentielle)

choc et ricochet
: révélation externe
(le sujet ne pénêtre pas l'objet mais s'en trouve changé)

traversée (des apparences)
: illumination l'espace du parcours intérieur
puis expulsion (regret, perte, frustration ...)

pénêtration avec déviation de la trajectoire
le point de conscience (être?) est capturé par la sphère, l'étendue, et y décrit une orbite intérieure.

Je vais relire ton texte
(qui mérite l'imprimante -sourire²- )
et ajuster, raturer ou jeter.

Luc

du fagot des Nombreux

Écrit par : le bateleur | jeudi, 01 juin 2006

lecture à première intention:

"il faut que je me prouve"...

à un physicien qui lui demandait si le fait d'acter que le temps était une illusion (ce qu'il voulait bien admettre) résolvait quelque chose, gmc a demandé ce qu'il pouvait bien y avoir à résoudre. qui, hormis la pensée, veut théoriser l'impensable? qui peut bien vouloir résoudre quoi que ce soit?
quel peut bien être ce problème à résoudre?
sincèrement, à part les problèmes créés par l'agitation erratique du mental, aucune idée.

le même physicien avait reçu cette réponse à une question qu'il avait posée à stephen hawking:
"the universe has a beginning in imaginary time, a direction in time that behaves like space. There is no beginning in real time, the time that you and I experience."
et là encore, la pensée était incapable d'accepter cette réponse sans l'interpréter...

gmc vient de relire "la flûte de fer" de nyogen senzaki (editions du relié) qui est un recueil de 100 koans avec les commentaires de nyogen, maître zen sôtö du 20ème siècle, ainsi que les commentaires de genrô et fûgai (18ème). il semblerait que ce soit une lecture judicieuse pour toi, dans cette optique d'aperception.
usuellement dans l'école sôtö, on n'utilise pas les koans de manière aussi systématique que dans l'école rinzai.
en fait, "tetteki tôsui", le titre original du 18ème, signifie "souffler à l'envers dans la flûte de fer" (précisons que cette flûte est une baguette de fer sans trou).

la confrontation avec ce recueil peut t'être utile, la confrontation à intervalles réguliers aussi, gmc s'est trouvé totalement largué à sa première lecture (qu'il n'a d'ailleurs pas terminée) il y a deux ans.

Écrit par : gmc | jeudi, 01 juin 2006

Les commentaires sont fermés.