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vendredi, 06 juillet 2007

Les bienveillantes

Il se trouve que, à peine refermé le livre, j'ai écrit ça sur Les bienveillantes de Jonathan Littell, le Goncourt 2007, dont la lecture, je l'avoue, m'a fasciné tout en me déplaisant, en me gênant au plus profond : je n'en reviens toujours pas -- de ce que l'homme est dégoûtant, sublime, horrible et parfaitement, comment dire, infiniment complexe. Je persiste à croire que nous ne vivons que de nos habitudes, que celles-ci sont immémoriales, et que ce n'est pas peu dire. Voici donc ma critique "à chaud" de ce gros livre que je ne saurais vous recommander, à moins que je ne vous le recommande. Ni bien ni mal écrit, il se laisse lire, et c'est peut-être là que Jonathan est le plus fort, à des millions d'années-lumières de la force de son héros, Max Aue, l'immonde ---

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L'existence et la mort?
Max est anal: son oeil est un trou du cul, et la lumière de son regard une giclée de merde. Voilà qui est dit.
Max, bientôt la trentaine, fait son travail sans se plaindre et même sans trouver ça nul. Il écrit des rapports, exige des comptes, ne se trompe jamais, critique tout le monde, explique tout et son contraire -- il a un mal de chien à fermer son clapet.
Max, qui a la faconde anale aussi, tente (vainement pour moi), de convaincre le lecteur que n'importe qui aurait fait son travail comme lui, ce qui est grotesque. Il y a eu quand même pas mal de gens pour (essayer d') empêcher Max et ses confrères de faire leur sale boulot.
C'est vrai, le travail de Max, c'est l'extermination. Enfin, on se demande. Il est peut-être payé seulement pour délirer sur l'extermination: des pages et des pages de chair à pâtée piquée de noms allemands beaux comme des grumeaux, entrelardée de psychologie crowleyienne anal-obsessionnelle, bref, du métal et du sang, et des nuées de sperme gris.
Un bon roman, voulais-je dire, avec beaucoup de morts, quand même, tous très sales, eux aussi, presque autant que leurs bourreaux. "Je sortis fumer une cigarette en regardant la neige qui ne tombait plus": pas de problème, Max, maintenant je sais plus que jamais que c'est dégueulasse de torturer les gens et de les massacrer avec assez de bonne conscience pour que cela ait l'abjection inconcevable de durer -- comme on le sait. Merci, Max, de m'avoir rappelé et remontré que, aveuglé par mon innocence ridicule, je faisais bien peu de cas des autres: que mon nihilisme pantouflard se doublait d'un certain sadisme -- malgré mon indignation, etc. -- et que peut-être j'aurais fait comme toi si j'avais été aussi con que toi.
Si tu n'avais été qu'anal, ç'aurait été une bénédiction, mais tu es un dangereux meurtrier: il y a trop à te pardonner. Pour ta peine, tu seras lu, et peut-être, pour ta plus grande peine, Max, tu nuiras encore.

Commentaires

il y a des jours où il vaut peut-être mieux peigner méticuleusement la girafe

Écrit par : armand | vendredi, 06 juillet 2007

En effet, mais la curiosité, ça n'aide pas toujours.

Écrit par : Patrick | samedi, 07 juillet 2007

La dégueulasserie humaine, je l'ai découverte tout petit, chaque jeudi, au Konzentrazionslager du Struthof, où le paternel érigeait le mémorial marmoréen qu'on voit sur la photo, là :

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/2/22/Struthof.PNG

Ça fait tout pas drôle, et ça te travaille bigrement... Mon tas de sable juste à côté de la salle de dissection.

Quelques années plus tard, je bossais à l'ancienne fac de médecine, à Strasbourg. Tout à côté de mon atelier d'imprimerie, je stockais mon casse-croûte dans une chambre froide, qui était celle de l'abominable docteur Hirt dans les sombres années 40.

Faut dire qu'en Alsace, y a pas mal de traces... Je les ai entendus, ces paysans de la haute vallée de la Bruche, qui pétendaient mordicus ne rien avoir vu ni su. Mais on ne se méfie pas d'un gniard... alors, comme ça avait envie de sortir, ils racontaient, devant des gros bretzels et des chopes d'un demi, autour d'une table à discuter le devis avec mon vieux, que ça sentait le cochon grillé jusqu'au village, et que la cheminée chauffait au rouge dans la nuit.

Annie a lu le livre, pas moi. J'ai pris des pages au pif et j'ai trouvé que non, c'était assez lourdaud, et puis que le gars résolve ça en des fluides corporels, la,la, la...

Et puis je le lirais peut-être : le corps 11 m'est interdit jusqu'à la semaine prochaine : je passe chez l'ophtalmo.

Amitié

cyp
en ligne et à l'œil

Écrit par : cyp | samedi, 07 juillet 2007

C'est pas drôle ici ,Tonton Cyp ,ça fiche le traczir mais tu me manquais,alors je viens tourner, autour de ce croc que l'on voit sur la photo,avec toi et les autres Bienveillants qui sassent les disques durs durs durs et le paient très cher, parrait-il.
Je ne lirai pas" Les Bienveillantes".
Je n'ai pas sondé le fond des enfers,ni de la tristesse,ni de l'abjection itou,mais j'ai suffisament vu mes propres abjections pour ne plus croire que l'enfer c'est les autres.
Je pense que Hitler a gagné la guerre,et le monde m'apparaît, parfois, comme un camp de concentration
(Le travail c'est la santé ).Mais j'ai entendu dire d'une Bienveillante,une Très Grande Soeur,que les fleurs fleurissent aussi en enfer..
Si c'est un homme,je relirai Primo Levi.
Si c'est une femme ,je relirai et relirai encore Etty Hillesum:"Une vie boulversée",son propre journal.
Pas du genre à sans tirer à bon compte:
"Je voudrais être le coeur pensant de tout un camp de concentration".
Pas non plus du style à s'avachir dans la coolitude.De son camp de concentration elle s'ouvre à son Dieu bien aimé:

"Je ne t'offre pas seulement mes larmes et mes tristes pressentiments ,en ce Dimanche matin venteux et grîsatre je t'apporte même un jasmin odorant.Et je t'offrirai toutes les fleurs rencontrées sur mon chemin et elles sont légion ,crois moi.(...)Je ne puis rien garantir d'avance mais
les intentions sont les meilleurs du monde tu le vois.
Maintenant je vais me consacrer à cette journée.Je vais me répandre parmi les hommes aujourd'hui et les rumeurs mauvaises, les menaces m'assailliront comme autant de soldats ennemis une forteresse imprenable."

C'est elle qui le dit...

En tout cas je vous vois,avec votre hameçon à trois crocs spécial mélusine...Il est parfait.Quelle habileté Messieurs!
Faut dire que je suis pas trop sauvage .

Puissions-nous,nous aussi, allumer des bougies plutôt que de maudire les ténèbres!

Écrit par : Elise | mercredi, 11 juillet 2007

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