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mardi, 13 mai 2014

Bali = ba + li = ba-nten li-nggah, "offrandes continues"

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Les Balinais n'ont pas de "yoga", même si dans les rues d'Ubud, la capitale culturelle de l'île, il s'en vend à tous les coins de rue. Pour eux, le mot "yoga" signifie pratique de la concentration (samadhi) dans le but d'atteindre des pouvoirs extraordinaires (riddhis et siddhis). Ces choses-là ne s'enseignement pas n'importe comment. Il faut être un rishi, sinon une leyak (sorcière), pour s'y entendre en ces matières. Les yogis sont des monstres qui vivent dans la solitude et le silence sans les redouter : pour un Balinais normal, la solitude est peuplée d'esprits parfois visibles et le silence revient à la mort. C'est ainsi que sorciers et raksasas peuplent les forêts, la nuit, les grottes souterraines (dont les boîtes de nuit), les montagnes, la brume, la mer et les autres mondes que Bali. Derrière leur sourire se cache souvent la naïveté, sinon la bêtise, mais cela n'empêche pas leur sourire d'être vrai, et le coeur des Balinais reste un abîme mystérieux pour l'Occidental féru d'explications soi-disant logique. A Bali, la logique commence par l'offrande. Celle-ci n'est pas générosité mais accumulation de force CONTRE : contre des dieux bêtes et méchants comme nos Olympiens, contre des démons menaçants, les forces incontrôlables de la nature, et contre les sorciers en tout genre, qui vous envoûtent sans raison, pour le plaisir, ou pour se mettre un riche dans la poche et le vampiriser en lui volant son petit royaume. L'offrande remédie à la plupart de ces inconvénients. Quant à ce qui est offert, il faut distinguer le blanc du rouge... Les offrandes sanglantes ponctuant nombre d'événements religieux et familiaux, il n'est pas un jour où le poulet qui a échappé aux crocs du touriste succombe sous la lame du sacrificateur, père de famille ou prêtre de quartier. Ce qui est amusant, c'est la bonne conscience de tout le monde, même si tout le monde frémit en coupant la gorge à un animal familier –– mais personne n'ira, comme de par chez nous, jusqu'à ne pas vouloir manger du lapin qu'il aura carressé... On tue en rigolant : c'est bon pour soi-même, la famille, le voisinage, le quartier, le village, le canton, etc. jusqu'à l'île tout entière, cette île qui est le monde, avec son mont Mérou, le Gunung Agung, ses océans (les lacs), ses continents (les palais royaux) et ses langues, les trois ou quatre niveaux que prend la langue bien parlée, assise de la politesse. L'égoïsme balinais, pour conclure aimablement, sera pardonné par la beauté qu'il sue comme un parfum de désespoir, par la grandeur qu'il inspire, comme le montrent les innombrables sculptures, de toutes tailles, qui accompagnent chaque pas, chaque regard, chaque pensée. Il sera pardonné parce qu'il est, en toute pudeur, l'aveu sincère de son caractère irrésistible, de sa nécessité vitale et de l'offrande qu'il nous fait en nous montrant le profond de notre superficiel, le parfum de nos miasmes et la déraison de nos phrases strictement égoïstes.

 

21:27 Publié dans Bali | Lien permanent | Commentaires (0)

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