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dimanche, 02 juillet 2006

Douce Gloire

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Le livre, un "pecha" au format tibétain, représente la réalisation de la vacuité. L'épée représente la compassion, l'égalité...


L’éclat naturel du diamant
de l’Ouvert-vacuité


Prière d’aspiration à la réalisation du sens de l’inséparabilité de la base, de la voie et du fruit de la grande perfection de Douce-Gloire

Namo Guru Mañjuvajrâya !

1. Incarnation de la sagesse des bouddhas et des bodhisattvas
Des dix directions et des quatre temps que tu revêts dans la non-dualité,
Ô Douce-Gloire Adolescent en pleine égalité,
Puisses-tu habiter spontanément mon rien-à-faire !

2. Pour protecteur originel, j’ai un glorieux maître:
Que ma dévotion pour lui, qui me le révèle comme le corps absolu d’égalité,
Transporte dans mon cœur les bénédictions de sagesse de la lignée absolue
Et m’accorde la grande initiation du pouvoir créatif de l’Ouvert !

3. Éternellement présent, tu n’es pas un produit de l’effort,
Et peu t’importent nos différentes facultés ;
Tu es si simple qu’on ne te croit pas, ô mystère de l’esprit:
Puissé-je, grâce aux instructions spéciales de mon maître, te percevoir !

4. Le jugement et l’analyse enchaînent pensée après pensée ;
Les recherches et les démonstrations sont juste bonnes à me fatiguer ;
Les visualisations et les méditations referment sur moi leur cage :
Puissé-je, du dedans, trancher ces douloureuses complications !

5. S’il n’est rien à voir dans ce qui se passe des mots et de la pensée,
Il ne peut non plus s’y trouver quoi que ce soit qui n’ait été vu.
Puissé-je alors, au terme d’une décision n’émanant que de moi,
Réaliser le sens profond, cela même qui est si difficile à montrer !

6. Les proliférations du jugement sont pures dès l’origine: fin de l’extrême de l’être ;
L’éclat de l’Ouvert est spontanément présent: fin de l’extrême du non-être.
Ce n’est que pour l’évoquer qu’on le décrit sous ces deux aspects :
Puissé-je voir l’inexprimable sens de l’égalité indivisible !

7. Comme lorsqu’on montre du doigt la lune,
On commence par en parler en mots que l’intellect peut saisir,
Mais l’aise naturelle de l’expérience du Réel n’est pas un objet de l’intellect:
Puissé-je la percevoir en répondant moi-même à mes questions !

8. N’y trouvant rien à enlever, on la laisse telle quelle ;
Et rien ne permet de l’accomplir.
Réfutations, preuves, recherches et pensées ne peuvent donc pas l’altérer :
Puissé-je alors plonger dans ce qui spontanément se trouve là !

9. La base est ce qu’il faut connaître, la voie ce qui fait progresser
Et le fruit ce qu’il faut obtenir : dans leur nature véritable,
Ces trois entités ressemblent au ciel qui s’étage dans le ciel:
Puissé-je alors spontanément habiter le rien-à-faire !

10. Les impuretés du samsâra, présomptions nées d’une méprise,
De même que la vision pure qui permet de les dissoudre,
Ne sont, malgré leur complexité, que des désignations relatives :
Puissé-je voir, sans m’y figer, la toute simple nature des choses!

11. Le Réel dépasse l’entendement ; c’est l’état naturel des choses
Que la vue et la méditation altèrent en l’enveloppant de concepts :
Puissé-je retrouver cet état ordinaire délivré de la vue et de la méditation,
En restant sans effort dans l’aise naturelle !

12. En me concentrant sur un objet, j’empoisonne la vue ;
Si je m’astreins à l’effort, ma méditation se fait défectueuse ;
Et quand j’accepte ceci pour repousser cela, l’action se peuple de dangers :
Puissé-je voir le Réel dégagé de toutes ces misères!

13. L’éclat de l’Ouvert ne peut rester pris dans la cage des proliférations du jugement
Et, au-delà de la raison, je peux le percevoir concrètement:
Plutôt que resserrer le nœud coulant des intellections sur le ciel vide,
Puissé-je devenir expert en laisser-aller et en aise naturelle !

14. Puisse alors Douce-Voix rayonnant de sa propre lumière,
Aspect connaissant de l’Ouvert en corps vase de jouvence
Et éclat de la lampe de la connaissance jaillie d’elle-même,
Dissiper à jamais l’épaisse nuit de mes obscurcissements!

15. Comme dans le Réel libre d’artifice et inconditionné
Il n’est rien à inventer par les voies de l’artifice,
Puissé-je voir ce qui en moi vit de toute éternité,
Le sens du fruit ultime qui ne résulte d’aucune cause!

16. Les discours intellectuels, balle de grain, ne conduisent qu’à l’erreur:
Répétez-les comme vous voudrez en tissant des filets de pensées discursives!
Puissé-je en mon cœur méditer sur les profondes instructions spéciales
Qui ne viennent pas des textes et s’adressent à ma seule intuition!

17. La perception dualiste est fallacieuse par essence
Et tout ce qu’on peut imaginer ne correspond pas à l’ainsité.
Que s’accomplisse la bouddhéité au sens définitif,
Le corps de la sagesse jaillie non de l’esprit mais d’elle-même !

18. Dans la dimension de la connaissance de l’Ouvert-vacuité, toutes choses
Sont l’égalité de la sphère unique où s’abolissent
L’espoir du nirvâna et la peur du samsâra : puissé-je
Ne point me figer dans cet état et m’emparer de la citadelle du corps absolu !

19. Ce que je perçois comme mon corps et ses objets
Ne sont que mouches volantes manifestées par mes pensées:
Que l’éclat naturel de la sagesse non conceptuelle purifie
Toutes choses dans la dimension primordiale où toutes choses s’épuisent !

20. Ô incarnation de la sagesse vaste comme le ciel,
Puissent les êtres que contiennent les limites de l’espace et du temps
Jouir alors du fruit ultime que rien n’obscurcit,
Le joyau magique qui accorde tout bonheur et tout bien !


Or donc, la révérende Dékyong Wangmo, que tous reconnaissent comme une manifestation de la dâkinî de sagesse Vajravârahî, à la date favorable du quatrième jour de la troisième lune de l’an du Chien de Feu, me demanda une prière en me faisant l’offrande d’une écharpe blanche et d’un chapelet de cristal orné de pierres précieuses. Le jour même, moi Mipham Jampal Gyépa ou Ösal Dorjé, je composai ce texte pour ma propre gouverne dans la langue extraordinaire du dzogchen. Que les mérites de cet acte permettent à tous les êtres d’atteindre l’état de Mañjushrî Adolescent, notre protecteur originel !

On raconte que le Porteur du Vajra (le maître de Mipham Rinpoché Jamyang Khyentsé Wangpo ?) fit l’éloge de cette prière en déclarant qu’on pouvait atteindre la libération rien qu’en l’entendant. Que dire alors de ceux qui réfléchiront au sens de la meilleure des voies ! Ils ne tarderont pas à se libérer du seul fait de la vérité du Réel. Une prédiction chante l’éloge des enseignements de l’esprit de Samantabhadra en disant qu’ils émergeront lorsque les véhicules impliquant l’effort auront les plus grandes peines à aider les êtres. Puisse, en ce sens, la doctrine quintessentielle se répandre dans le monde entier et s’y épanouir !

(Livre d’heures de Dudjom Rinpoché, p. 333)

L'individu et les choses

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Nâgârjuna

Stances de la Voie médiane XVIII

Examen du soi et des choses

/bdag dang chos brtag pa zhes bya ba ste rab tu byed pa bco brgyad pa'o//

1. Si le soi était les agrégats,
Il serait sujet à la naissance et à la destruction.
S’il était différent des agrégats,
Il n’en aurait pas les caractères.

1./gal te phung po bdag yin na/ /skye dang 'jig pa can du 'gyur/
/gal te phung po rnams las gzhan/ /phung po'i mtshan nyid med par 'gyur/


2. Si le soi lui-même n’existe pas,
Comment donc y aurait-il un « sien » ?
Moi et mien une fois apaisés,
Il n’est plus de croyance au soi ni au sien.

2./bdag nyid yod pa ma yin na//bdag gi yod par ga la 'gyur/
/bdag dang bdag gi zhi ba'i phyir//ngar 'dzin nga yir 'dzin med 'gyur/


3. Celui qui ne croit pas au moi ni au mien,
Celui-là n’existe pas davantage ;
Celui qui voit que la croyance au moi et au mien
N’existe pas, celui-là ne voit pas [de moi].

3./ngar 'dzin nga yir 'dzin med gang/ /de yang yod pa ma yin te/
/ngar 'dzin nga yir 'dzin med par/ /gang gis mthong bas mi mthong ngo/


4. Lorsqu’envers les objets intérieurs et extérieurs
Il n’y a plus de sentiment de moi ou de mien,
L’appropriation s’arrête et, avec son épuisement,
Les renaissances s’épuisent aussi.

4./nang dang phyi rol nyid dag la/ /bdag dang bdag gi snyam zad na/
/nye bar len pa 'gag 'gyur zhing/ /de zad pas na skye ba zad/


5. La libération est la fin des actes et des émotions négatives ;
Actes et émotions négatives viennent des pensées dualistes,
Et celles-ci des constructions mentales,
Mais ces dernières cessent dans la vacuité.

5./las dang nyon mongs zad pas thar/ /las dang nyon mongs rnam rtog las/
/de dag spros las spros pa ni/ /stong pa nyid kyis* 'gag par 'gyur/


6. Ayant considéré ce qu’on entend par « soi »
Et montré l’inexistence du soi,
Les bouddhas montrent aussi qu’il n’y a pas
Plus d’inexistence du soi qu’il n’y a de soi.

6./bdag go zhes kyang btags gyur cing/ /bdag med ces kyang bstan par gyur/
/sangs rgyas rnams kyis bdag dang ni/ /bdag med 'ga' med ces kyang bstan/


7. Il n’y a plus rien à dire
Quand cesse le champ d’expérience de l’esprit.
Non né et non cessant,
Le réel est comme le nirvâna.

7./brjod par bya ba ldog pa ste/ /sems kyi spyod yul ldog pas so/
/ma skyes pa dang ma 'gags pa/ /chos nyid mya ngan 'das dang mtshungs/


8. Tout est réel, non réel,
Réel et non réel,
Ni réel ni non irréel :
Voilà ce qu’a enseigné le Bouddha.

8./thams cad yang dag yang dag min/ /yang dag yang dag ma yin nyid/
/yang dag min min yang dag min/ /de ni sangs rgyas rjes bstan pa'o/


9. Inconnaissable par l’intermédiaire d’autre chose,
Paisible, libre des constructions mentales,
Sans pensée, non multiple :
Voilà les caractéristiques de Cela-même.

9./gzhan las shes min zhi ba dang/ /spros pa rnams kyis ma spros pa/
/rnam rtog med don tha dad med/ /de ni de nyid mtshan nyid do/


10. Ce qui surgit dépendamment d’autre chose
N’est déjà plus cette autre chose
Sans pourtant différer d’elle :
Il n’y a donc ni cessation ni permanence.

10./gang la brten te gang 'byung ba/ /de ni re zhig de nyid min/
/de las gzhan pa'ang ma yin phyir/ /de phyir chad min rtag ma yin/


11. L’enseignement des bouddhas protecteurs
Du monde est une ambroisie :
[Les choses] ne sont ni les mêmes ni différentes,
Et elles ne cessent ni ne perdurent.

11./sangs rgyas 'jig rten mgon rnams kyi/ /bstan pa bdud rtsir gyur pa de/
/don gcig ma yin tha dad min/ /chad pa ma yin rtag ma yin

12. Même en l’absence de parfaits bouddhas
Et quand les auditeurs ne sont plus,
La sagesse des bouddhas par soi
Apparaît sans que nul ne l’enseigne.

12./rdzogs sangs rgyas rnams ma byung zhing/ /nyan thos rnams ni zad gyur
kyang/ /rang sangs rgyas kyi ye shes ni/ /ston pa med las rab tu skye/


vendredi, 30 juin 2006

Comme ça

Hommage à la Perfection Totale !

Dessin de Mandoline de Coubertin