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jeudi, 15 juin 2006

Au fond

 
Que la colère ou la foi
Que j'inspire à quiconque
Soient toujours ce qui lui permettra
D'accomplir tous ses desseins !

 

Marche, III, 16 

jeudi, 08 juin 2006

Problèmes terminologiques (1)

Rûpa

Jusque-là je disais "forme".
Les différents sens du mot "forme" en philosophie occidentale ne correspondent en rien aux sens du mot sanskrit rûpa, et la traduction "forme" n'est valable que pour le rûpa en tant que "figure", l'un des deux aspects du "visible" -- l'autre étant la "couleur" --, l'objet de la conscience visuelle. Parce que rûpa, en tant qu'"agrégat", est avant tout "matière" -- ce qui résiste, dérivée des quatre "grands éléments". Les sons, les saveurs, etc. sont rûpa "matière" et non "forme". La Connaissance transcendante dit que "la matère est vide et que le vide est matière", et non "forme", puisqu'il s'agit de l'agrégat.

Quant à l'avijñapti, la "non-information", l'avipranâsha que Nâgârjuna réfute (et que Tsongkhapa sublimera), c'est une matière et non une forme, très subtile, mais elle aussi dérivée des quatre grands éléments. Les bîja, "semences", expliquent plus logiquement le karma que la "non-information" (dont on ne trouve d'ailleurs pas trace au ch. XIV du Visuddhimagga) puisque celle-ci exige l'existence réelle (et éternelle!) des trois "moments du temps" : quand même, messieurs les "pan-réalistes", vous exagérez un peu !
Donc je traduirai rûpa par "matière" de manière générale et "visible" en tant qu'objet de la vue. "Forme" ou "figure" (qui est "philosophiquement préférable), ou encore "couleur", dans certains, cas, pour le tibétain gzugs.

Voir dans le Kosha, le Samuccaya et le Visuddhimagga.
Travaux de Richard King, Dan Lusthaus, S. Anacker, etc.

samedi, 03 juin 2006

Menthalique

Juste sommeil

La phrase « Depuis toujours il n’y a rien »
n’appelle aucun commentaire :
je vous prie de m’excuser.

Il n’y a rien de ce qu’il y a depuis toujours.

– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien. Il n’y a rien.
– Ah bon, depuis quand ?
– Depuis toujours.
– Il n’y a rien depuis toujours ?
– Rien.
– … [Ou : C’est bien ce que je pensais.]


Roman

1. Depuis toujours : toutes les horreurs/erreurs de la « pensée » et de ses contradictions – les grandes vérités qui se contredisent vs la grande vérité qui dépasse toutes ces contradictions
2. Il n’y a rien : l’irréalité de toutes choses et de leur contraire dans la Pensée, 心妙無中 l’« action »

La Pensée 菩提心 conscience de soi claire par soi
qui n’est pas une « pensée » [telle qu’on l’imagine]
mais quelque chose de plus hégélien !


[15/5/06]

En effet, « tout est esprit ». Silence. Même l’alouette, mais pas très longtemps. Moi, je suis bavard. Je suis libre avec les mots, en tout cas pas en les rejetant. Pures conventions, sonorités souvent « belles », « mélodieuses », « puissantes », les mots occupent tout le paysage – et dans le silence le discours intérieur poursuit le bruit. « Tout est esprit » sans aucun doute, puisque « depuis toujours il n’y a rien », comme l’enseigne Huineng, le VIe patriarche du ch’an. La déesse du Vimalakîrti s’écrie : « Le langage, c’est la libération ! » Pas de problème : les soûtras et leurs semblables, ce sont de bons bouquins ! Doigt montre lune : pas le doigt, la lune ! On (croit qu’on) a compris. Appliquer. Sâdhu sâdhu sâ !

A toute idée fictive peut s’en opposer une autre, de force égale, sinon supérieure, et cela n’aura jamais de fin.
La vraie intelligence, qu’on appelle sagesse, ne s’indigne pas de ne connaître que des fictions.
Le Bouddha n’a permis aucune exception à la vacuité, particulièrement lorsqu’il la « qualifia » de « claire lumière inconditionnée ». C’est bien cela que signifie « tout est esprit ». « Tout » est claire lumière et « esprit » l’inconditionné, ce « présent » qui n’a ni commencement ni durée ni fin.

Claire lumière de l’esprit, en d’autres termes,
« conscience de soi claire par soi ».
« Claire » désigne le nimittabhâga ( ?)
« Soi » est la conscience appropriatrice : les semences ? ? ?


Variations sur la vacuité pour Tenryu

Ni bonne ni mauvaise, la vacuité ne justifie ni le bien ni le mal.
La vacuité a beaucoup de définitions.
La vacuité est le réel mais elle n’est pas réelle.
La vacuité dépasse l’être et le non-être, le bien et le mal.
La vacuité est une serrure où se perdent toutes les clés.
La vacuité est la seule clé qui puisse ouvrir ce qui n’a ni porte ni serrure.
La vacuité peut désigner l’irréalité de toute réalité.
La vacuité se vit par delà la réalité et l’irréalité.
La vacuité est sagesse en tant que contenant et contenu de toute illusion.
La vacuité est la plus grande image du sens.
La vacuité montre le néant de toutes les valeurs.
La vacuité est le seul remède contre le nihilisme.
La vacuité est la libération de la tyrannie de l’être.
La vacuité consiste à jouir de l’apparence.
La vacuité a la vigueur du diamant.
La vacuité est la panacée : vivement qu’elle soit obligatoire !
La vacuité est toujours « réalisation de la vacuité ».
Il est impossible de réaliser la vacuité.
La vacuité est aussi éloignée de la réalisation que le ciel de la terre.
La vacuité est une montagne qui se mange à plat.
Depuis une semaine, les alouettes parlent de la vacuité.
La vacuité rugit encore dans les plumes du moustique.
La vacuité, c’est la compassion que ne trouble pas la vacuité.
Rien ne trouble la vacuité, pas même la méchante pitié.
La compassion est l’activité « normale » de la vacuité.
La vacuité ne fait rien mais par elle tout se fait.
La vacuité n’est pas un autre nom de la spontanéité.
La vacuité est ce qui dans l’esprit dépasse l’esprit.
L’esprit est la claire lumière de la vacuité.
La vacuité est conscience de soi claire par soi.
La vacuité est le témoin de la pure aperception :
c’est une semence, une imprégnation, une manifestation.
L’éternel retour – du même – singe la vacuité.
La nuit de la pensée occidentale n’a rien à voir avec la vacuité.
La vacuité est l’unique remède du nihilisme.
Valeurs et sens ne peuvent un instant cacher leur vacuité.
Sans gadgets pas de vacuité, sans vacuité pas de gadgets.
La vacuité reconnaît l’illusion dans l’illusion.
L’illusion n’est pas illusion : telle est sa vacuité, une illusion.
La vacuité n’est pas défaut mais cuirasse.
La vacuité n’a rien à voir avec l’espace.
La vacuité, ce sont les sables du Gange.
La vacuité, ou la lune qui sort des nuages.
La vacuité obsède les traducteurs bouddhistes.
La vacuité revient aux crocs de la dâkinî et non à sa féminité.
Tout est vacuité, essentiellement la vacuité.
Que ceci soit vide de cela : piètre vacuité.
Que les choses soient vides une fois nées : c’est grand.
Que les choses soient vides avant de naître : c’est immense.
Il n’y a pas plusieurs vacuités, mais il n’y en a pas une seule non plus.
Même inconcevable, la vacuité rit : je le sais.

La vacuité est le secret de la fusion sans confusion.
La vacuité produit la goutte aux deux moitiés de seize.
La lettre A symbolise la vacuité.
La vacuité est une drogue et un serpent.
La vacuité est un laxatif : il n’y a pas d’absolu.
Structure Dense, l’Absolu est absolu par sa vacuité.
Et même vacuité de l’infiniment grand dans le jamais nulle part.
Vacuité de l’aurore entre les cornes du buffle.
Vacuité de la mort en-dessous du volcan.
Structure Dense de la vacuité immédiate du réel.
La vacuité siencieuse au terme du discours bien bâti.
Vacuité de chaque élément du réel où sont tous les autres.
Vacuité de tout ce qui régresse à l’infini.
Vacuité de la branche de l’arbre sans racine.
Vacuité de mes amours avec la fille d’une femme stérile.
Vacuité de se dire moine quand on est une jolie déesse.


J’ai parfois la claire intuition que « tout se passe dans mon esprit » : la chaise sur laquelle je suis assis, l’alouette dehors dans la nuit, la gorge qui me gratte, et pourquoi pas les lointaines galaxies : tout ça je le sais, je le sens « dans ma tête », et ma tête aussi. Mais la réalisation de l’Esprit-Seulement (ce qui nous importe, non ?) est un puissant renversement (il n’est pas encore définitif…) de tous les points d’appui – repères, garde-fous, systèmes, croyances, etc. Comme si l’on (ou : « ça ») se rendait compte que tout était exactement le contraire de ce qu’on croyait jusque-là – mais ça ne fait pas la moindre différence : quelles libération ! Immédiate la question et immédiate l’entreprise : pourquoi tout le monde ne croit-il pas qu’il jouit déjà de cette évidence ? Attention ! Patatras : dualisme etc. La compassion rayonne dans la vacuité sans en décoller le moindrement : ce sont la même chose ! Sinon, il faut continuer de se laisser aller dans le beau rien-à-faire, mon entraînement préféré, jusqu’à ce que… non… sans rien à gagner – surtout pas !


L’expérience

Il n’y avait pas d’éléphants roses au bout du shit. Il n’y avait que la toux, l’essoufflement, l’emphysème ; même s’il y eût aussi quelques extases, sans valeur. Il y a l’épreuve de la vie, la vraie vie avec ses vraies hallus. Des hallus toujours, surtout quand on croit ferme à la réalité de ce qui se passe. Ce qui se passe. L’expérience de… Jimi Hendrix. Un bon solo de ce héros vaut son poids en graines de samâdhi. Je veux dire que, comme un poème de Celan, Trakl ou Benn, rien n’est aussi simple qu’on l’imagine.
Je n’ai pour ainsi dire jamais eu d’expérience mystique. Je n’ai jamais vu Dieu mais j’ai beaucoup halluciné et je continue, comme présentement j’écris dans l’univers infini et tout le tralala.
Cette porte minuscule ouvre sur la plus grande chambre du monde et là, sur le lit est assis un digne vieillard qui ne fait et ne dit rien. Dès qu’on le voit, on a envie de se prosterner. D’ailleurs, déjà, du ciel tombent des fleurs. Déjà tout se barre en couille.
On devient forgeron.

Hypnotisé, je regarde une vraie souris grignoter la souris de mon ordinateur. Il y a de quoi.D’autant que ledit ordinateur se trouve sur la table de la « salle » alors que moi, je suis ici, dans le « bureau », et que la souris vient d’entrer dans mon crâne par mon oreille gauche pour me ronger la cervelle.
Alouette, alouette, tu m’exaspères !
Je n’aime pas ces bruits de salivation, de déglutitions dans les murs.
Vous ne manquez pas d’imagination : vous êtes épuisés.


Grandes idées du Lankâ

1. Tout est esprit
2. Esprit = huit consciences
3. Conscience fondamentale = nature de bouddha

Tout est « esprit »
contre tout est « matière/extérieur »
(l’expression « tout est », elle aussi, mérite mille pages d’explications…)

Tout a lieu dans mon esprit, l’esprit de chacun, l’esprit ordinaire.
L’idée est tellement choquante que le Bouddha la répète sur tous les tons, même à Mahâmati qui le sait déjà très profondément. Si tout est esprit, la souffrance n’est pas un problème, et le but est atteint. Il ne faut pas « tout ramener à l’esprit » : tout « s’y trouve » déjà tel que nous percevons les choses : c’est ça, l’esprit seulement ! A ceux qui s’éveillent un tant soit peu à cette vérité, le Bouddha va expliquer le fin fond de la chose, l’absolu en action dans la sphère de la sublime sagesse.
Il rappelle d’abord ce qu’est la « conscience » : la perception claire d’un objet spécifique : il y a donc six consciences psychosensorielles et un « mental » dont les objets sont les « facteurs mentaux ». Ce qui fait sept consciences qui toutes ont la même substance, la pure aperception (la connaissance juste et immédiate que la conscience a de tous ses modes).
Cette pure aperception est la substance même, ou le « corps », de la huitième conscience, dite « fondamentale ». Celle-ci est comparable à la mer (l’eau de la mer) et les 7 consciences dérivées aux vagues.

Choquant aussi qu’une substance ne soit qu’aperception : inimaginable
En tant que « la chose » la réalité dont il est question
Une chose donc qui n’est qu’aperception :
Conscience de soi claire par soi ET INSUBSTANTIELLE
Par delà le tétralemme être-néant


Comment fonctionne l’esprit, ou comment fonctionnent les consciences ? La pure aperception est paisible et pure depuis toujours mais son activité donne l’impression d’un dédoublement entre ce que les maîtres indiens appellent nimittabhâga et darshanabhâga, littéralement « partie image » et « partie vue, vision, voir ». Ainsi, chaque acte de conscience est-il le simple constat par la partie vision de son objet, la partie image. Ce que la partie vision a perçu (perçoit ?) trouve immédiatement sa place dans l’immense flot de « semences » (bîja) de la conscience fondamentale. Aucune « image » perçue ne se perd : elle vient « parfumer » les semences déjà là [en fait toutes les semences de tout ce qu’il y a eu, y a et y aura dans le samsâra et le nirvâna] leur donnant (ainsi) l’occasion de se reproduire en tant que semences, de s’accroître ou de disparaître, mais aussi (ou encore), ce qui est l’essentiel ( ?), de se déployer (manifester) en une nouvelle « expérience » – dont on croit qu’elle est un rapport du moi intérieur avec le monde extérieur : pure hallu !]…


[28/5/06]

Nous n’avons pas le temps de vivre. Il faut d’abord apprendre la liberté, puis à n’être jamais libre sans broncher. Apprendre en fait qu’on ne sera jamais libre. Sans désespérer. Entre le très-absurde et l’absurde-passablement, je ne choisirai jamais, d’autant qu’on ne peut pas atteindre l’Éveil au terme d’un choix… Ah, tu vises à l’Éveil ? Tu as encore cette naïveté-là ? Je me réjouis de ta candeur – la virginité n’est même plus pure par les temps qui courent ! – mais je m’afflige de ton ignorance. Je dis bien ton ignorance, parce que je ne m’y associe pas. Non. Je préfère la vie quotidienne un peu con à la simplicité par trop baroque des voies. Si j’écris, je n’emprunte pas la voie de l’écriture, je ne fais qu’écrire en pensant à ce que j’écris, pas à une voie. Tromperie ! Si évidente naïveté ! Aucune voie ne mène nulle part, sauf les bonnes vieilles routes, les rues et les ruelles : du concret ! Toutes ces minauderies existentielles me tapent sur les nerfs : j’aimerais être fou pour mieux que ça ! Le pari de Pascal est une merde, l’hystérie nietzschéenne aussi, et Heidi nous fait tous bâiller. Que reste-t-il ? Rien. Nous voilà tranquilles ! Non plus… Les bouddhistes se mettent à penser, très lentement, mais je partage certains de leurs goûts, pour le moins acidulés : l’Esprit-Seulement et la vacuité. Deux concepts extraordinaires qui manquent à… l’Occident – pour le dire comme ça.


Petite nuit tranquille

Sourde angoisse incertitude
et certitude pourtant je le proclame
avec l’assurance de mon orgueil
dans les ténèbres de ma sourde angoisse

Las jamais las toujours endormi
colère de rose irraisonnée
l’alouette éternelle témoin
un souffle d’or chasse la brume

La nuit cajole les limaces
les bouses dorment sur les pentes
un énorme papillon se jette
sans retenue sur le carreau de la fenêtre


Réels problèmes terminologiques

Nos penseurs ne lisent pas de textes bouddhistes parce qu’ils n’y comprennent rien. Je leur reprocherai de ne pas faire trop d’efforts pour comprendre mais j’admets qu’ils ont de quoi être décontenancés. Cf. la lettre où M. Conche m’écrit qu’il ne voit pas comment on peut traduire fenbie 分別 aussi bien par « concept » que par « discrimination » – je le comprends, et pourtant il y a belle lurette que je me suis fait à cette idée, entre autres…
Dans les dictionnaires philosophiques, le mot « forme », par exemple, qui « traduit » le sanskrit rûpa, est pourvu de nombreux sens techniques qui ont de quoi décontenancer par leur multiplicité, pour commencer : pour Aristote, la forme est ce vers quoi tend la chose, son imago, son Idée, puis elle devient autre chose chez Thomas d’Aquin, Kant et d’autres encore, jusqu’à son sens de gestalt… Le sens de forme « contours » relève de l’usage courant du mot. Ce n’est pas un terme philosophique. Ce point n’est pas anodin : nos penseurs ne voient pas de philosophie dans le bouddhisme parce le bouddhisme français ne parle pas en langue philosophique. « Forme » au sens de contours n’est pas philosophique… Et pourtant, la forme, dans le bouddhisme, sous l’appellation plus précise, et technique, d’ « agrégat de la forme (ou : des formes ?) », la forme-contours, la forme-couleurs désigne en gros la matière : ce qui n’est pas peu, ce qui pour certains est tout.
Je ne connais pas les connotations du sanskrit rûpa, mais les Chinois ont choisi pour le traduire le mot 色 qui signifie d’abord « couleur », puis « forme » et, d’entre les formes, la plus belle, la femme, ou la beauté de la femme, et enfin, donc (héhé macho !), la luxure. Le mot chinois évoque toujours ces choses. En tibétain, gzugs désigne toutes les « formes » mais aussi les « corps »…
La pensée bouddhiste voit dans les « formes » ce dont on constate l’existence par le contact, ces choses qui occupent tout le champ d’expérience : ce sont les formes proprement dites (carré, rond, etc.), les couleurs, les mouvements et certaines modifications psychiques (comme les vœux).
On voit que la traduction « forme » n’inclut pas les deux derniers sens que le bouddhisme donne au mot. On comprend facilement les deux premiers « aspects » de la forme, les contours et les couleurs, mais ses deux autres aspects présentent déjà des difficultés d’ordre linguistique, là où les Tibétains parlent de rnam par rig par byed pa’i gzugs et de rnam par rig par byed pa ma yin pa’i gzugs, « formes discernables » et « formes indiscernables », les Chinois disent biaosè et wúbiaosè, que je traduirais par « formes visibles » et « formes invisibles ». Tout irait bien si je ne précisais que ce que je traduis par « discernable » (rnam rig byed pa) est expliqué par Alak Zenkar comme désignant les mouvements qu’accomplissent les formes… Comme le dernier type de « forme » appartient au domaine mental, je ne comprends pas en quoi ces « formes invisibles » devraient, par conséquent, être « immobiles ». Si l’on ne tient pas compte de ces contradictions purement verbales, on peut se contenter de parler de formes, de couleurs, de mouvements et de formes invisibles : toutes regroupées sous le nom de « forme(s) ».
L’étonnant continue quand on apprend que les formes sont, outre l’objet précis de la faculté de l’œil (que fait-on alors des formes invisibles ?), l’expression des quatre éléments, eux-mêmes les noms donnés à quatre qualités d’on ne sait quoi (apparemment la matière) : l’humide, le chaud, le solide, le mouvant, etc. Mais leurs noms traditionnels de terre, eau, feu et vent (air : lequel choisir ?) ajoutés au concept de matière nous renvoient à une physique primitive, à une spagyrie qui, je comprends bien, a de quoi repousser les moins exigeants de nos penseurs. Sans délirer à la Guenther, j’aimerais trouver (sans les y placer moi-même) quelques bonnes vérités intelligentes sur la matière dans les histoires tantriques, les paroles de l’Éveillé. Mon préjugé : les mecs qui ont inventé les mandalas etc. ne peuvent pas « seulement halluciner »…
Les formes désignent donc, d’une part, les formes proprement dites, les couleurs et leurs mouvements, et, d’autre part, certains objets psychiques comme, par exemple, les vœux. « Matière » me semble donc moins indiqué que « forme » pour traduire rûpa / / gzugs.

(à suivre, voire à reprendre...)