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mercredi, 16 avril 2008

Vam

23:44 Publié dans Bouddheries | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : questions

mardi, 18 mars 2008

Stances XXIII : Examen des méprises

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« Comme le désir est pur, les formes sont pures. » Ainsi parle la Mère.
Le courant des existences ne manque pas de réalité puisqu’il a des causes réelles : le karma et les émotions négatives. À ceux qui pensent de la sorte, aux bouddhistes qui croient fermement que c’est à cause de nos émotions – ou passions – négatives que nous « accumulons des actes », ou plutôt, que « nous produisons du karma » (tib. las bsags) et que, de ce fait, nous enchaînons existence sur existence, Nâgârjuna va ici répondre que les émotions négatives n’existent pas réellement.

1. Le désir, l’aversion et l’ignorance,
Est-il enseigné, émergent d’idées [fausses]
Qui elles-mêmes émergent dépendamment de l’agréable,
Du désagréable et de la confusion.

2. Or ces choses qui émergent dépendamment de l’agréable,
Du désagréable et de la confusion
N’existent pas par elles-mêmes, si bien
Que les émotions négatives n’existent pas réellement.


Dans ces deux premières stances, Nâgârjuna réfute l’existence réelle des trois poisons dans leur ensemble en recourant à la preuve de leur production interdépendante. Il n’existe en réalité rien de tel que les trois émotions négatives principales, ou fondamentales, puisqu’elles sont toutes des effets de la pensée et sont causées par des idées fausses (tib. kun rtog, ssk. samkalpa). Ainsi, de l’idée d’agréable surgit le désir-attachement ; de l’idée de désagréable l’aversion ; et de la confusion (ou méprise, tib. phyin ci log, ssk. viparyâsa) l’igonrance. Dépendant de causes extrinsèques, les trois poisons ne sont pas en soi et par soi, et leur existence n’est pas vraiment réelle.
On notera que le tibétain phyin ci log signifie d’abord « erreur » ou « méprise ». S’il est ici traduit par « confusion », c’est en fonction du contexte et suivant la traduction tibétaine du sanskrit original : çubha-açubha-viparyâsa, « agréable, désagréable et "erroné" ». L’erroné qui produit ici l’ignorance revient au « ni agréable ni désagréable », car l’agréable et le désagréable sont déjà des méprises. Pour ce qui est des méprises proprement dites, on se rappellera qu’elles consistent à prendre pour 1. permanent ce qui est impermanent ; 2. bonheur ce qui est souffrance ; 3. pur ce qui est impur ; et 4. soi ce qui est dépourvu de soi.

3. On ne peut en aucun cas prouver
L’existence ou l’inexistence du soi.
Comment alors prouver, en l’absence de [ce support],
L’existence ou l’inexistence des émotions négatives ?


Dans les stances 3 à 5, Nâgârjuna montre que les émotions négatives sont irréelles comme le prouve le fait qu’elles manquent de tout support ou contenant.
3ab : Ce qui fait l’objet du chapitre XVIII.
3c : Ce « support » peut être le soi individuel, ou encore la preuve de son existence ou de son inexistence.
3d : On notera que l’auteur ne prône pas la négation nihiliste, ainsi qu’il le rappelle clairement en XVIII 6 :
« Ayant aussi bien considéré l’existence du "soi"
Que son inexistence,
Les bouddhas enseignent encore qu’il n’y a pas
Plus d’inexistence du soi qu’il n’y a de soi. »

4. Les émotions négatives appartiennent à quelqu’un
Dont l’existence n’est point chose sûre.
En l’absence de ce quelqu’un, les émotions
Négatives n’appartiennent à personne.

5. Comme pour la vue du corps propre, les émotions négatives
Ne peuvent sous aucun des cinq rapports possibles
se trouver dans [l’esprit] qui les subit.
Comme pour la vue du corps propre,
[l’esprit] qui subit les émotions négatives
Ne peut se trouver sous aucun des cinq rapports possibles
dans ces émotions négatives.


La « vue du corps propre » (tib. rang lus lta [ba], ssk. svakâyadrsti), expression parfois traduite par « croyance à la personnalité », est cette idée profondément inscrite en nous qui nous fait croire que la combinaison des cinq agrégats qui nous constituent est un « soi » auquel revient un « sien ». Or en cherchant si le soi et le sien sont cette combinaison ou s’ils en sont différents et, au cas où ils en seraient différents, s’ils en sont le contenant, le contenu ou le possesseur, bref, si l’on soumet le « corps propre » et le soi au quintuple examen dont il a déjà été amplement fait usage, on voit qu’aucun de ces cinq rapports n’est possible. Si, alors, on envisage les émotions négatives et l’esprit pour se demander si le sujet désirant, par exemple, est le même que le désir, ou bien s’il s’agit de deux entités différentes, on se retrouvera dans les mêmes cas de figure que précédemment, comme nous l’avons vu à propos du feu et du combustible, par exemple ; et si l’on croit découvrir que le sujet désirant et le désir sont essentiellement différents, on sera forcé d’admettre qu’ils ne sont plus relatifs l’un à l’autre, ce qui est absurde. C’est sonc ainsi que, constatant que les émotions négatives et l’esprit n’ont entre eux aucun des cinq rapports possibles, on sera amené à admettre l’irréalité des émotions négatives et – pourquoi pas ? – de l’esprit.

6. Si l’agréable, le désagréable et le confus
N’existent pas par eux-mêmes, quelles sont
Les émotions négatives qui dépendent
De l’agréable, du désagréable ou du confus ?


Il serait absurde que les émotions négatives existent réellement puisque l’agréable, le désagréable et le confus, qui sont leurs causes, se produisent en interdépendance et, de ce fait, manquent d’existence réelle.

7. Les formes, les sons, les saveurs, les tangibles,
Les odeurs et les objets mentaux, voilà les six bases
Possibles du désir, de l’aversion et de l’ignorance :
C’est ce que [vous] imaginez.


Il est enfin possible de réfuter l’existence réelle des émotions négatives en considérant qu’elles n’ont pas d’objets réels.
7a-c : Les formes et les autres objets sont les bases du désir et de l’aversion en tant qu’ils peuvent déclencher les sentiments d’agréable et de désagréable. L’igonrance, quant à elle, a pour objets différents concepts superfétatoires comme le soi ou la permanence de toutes ces bases.
7d : « Ce que [vous] imaginez », vous les substantialistes de tout poil, alors que, pareils à des malades atteints de la cataracte, vous ne faites que voir des mouches volantes.

8. [Or] les formes, les sons, les saveurs, les tangibles,
Les odeurs et les objets mentaux ne sont rien d’autre
[Que des perceptions] comparables aux villes des gandharvas,
Aux mirages et aux rêves.


8c : Des « perceptions » ou des désignations dépourvues de consistance que vous réifiez à l’envi, pour ne rien dire du fait que leur quête débouche sur une régression à l’infini.

9. Comment donc l’agréable et le désagréable
Pourraient-ils émerger d’[entités]
Comparables à des hommes créés par magie
Ou encore à de simples reflets ?


Nous venons de voir l’irréalité des émotions négatives dans leur ensemble. À présent nous allonsles envisager plus spécifiquement en voyant que le désir et l’aversion manquent de réalité du simple fait que leurs causes respectives, l’agréable et le désagréable, sont irréelles en tant qu’elles reposent sur quelque chose de faux.
Il a déjà été montré que les objets que l’on peut trouver agréables ou désagréables n’ont pas plus de caractéristiques réelles (tib. rang mtshan, ssk. svalaksana) que les personnages créés par un illusionniste ou les reflets dans un miroir.

10. Le désagréable dont dépend
La qualification d’agréable
N’existe pas indépendamment de l’agréable,
Si bien que l’agréable est impossible.

11. L’agréable dont dépend
La qualification de désagréable
N’existe pas indépendamment du désagréable,
Si bien que le désagréable est impossible.


Mutuellement relatifs, l’agréable et le désagréable, de même que le long et le court, par exemple, sont des désignations conventionnelles dépourvues d’essence ou d’existence intrinsèque.

12. Si l’agréable n’existe pas,
Où y aura-t-il désir ?
Si le désagréable n’existe pas,
Où y aura-t-il aversion ?


En tant qu’effets de causes non seulement fausses mais inexistantes, le désir comme l’aversion ne peuvent pas non plus exister.

13. S’il y a méprise à croire
Permanent ce qui ne l’est pas,
Comme il n’est rien d’impermanent
Dans ce qui est vide, comment y aura-t-il méprise ?


À présent, Nâgârjuna va s’employer à montrer qu’il n’existe en réalité rien de tel que l’ignorance. Pour cela, il commence par prouver que l’ignorance est impossible dans la mesure où tous ses objets ne sont que des méprises. Ainsi, comme nous l’avons brièvement vu à propos de la première stance de ce chapitre, l’ignorance peut se ramenerà quatre méprises essentielles. La première consiste à penser que nos cinq agrégats sont permanents bien que, en fait, ils se détruisent d’instant en instant ; la deuxième méprise de l’ignorance consiste à penser que les cinq agrégats sont heureux et non souffrance ; la troisième nous fait croire à la pureté de notre corps impur ; et la quatrième nous fait croire que les cinq agrégats constituent un soi même s’il leur manque toutes les caractéristiques du soi.
13c : La méprise, cependant, n’est pas avérée dans le fait de croire permanents les agrégats puisque ceux-ci, dépourvus de nature propre, sont vides et, par là même, ne méritent pas plus d’être impermanents que le contraire. On remplacera « permanent », etc. parles trois autres jugements erronés de la quadruple méprise. Dès lors, en l’absence d’objets impermanents, douloureux, impurs et dépourvus de soi, il est faux de considérer que le sujet de ces méprises se méprend de quelque façon que ce soit : voilà montrée l’irréalité de l’ignorance.

14. S’il y a méprise à croire
Permanent ce qui ne l’est pas,
Comment n’y aura-t-il pas de méprise
À croire qu’il n’y a rien d’impermanent dans ce qui est vide ?


Il faut bien comprendre que dans la vacuité, qui est l’état naturel de toutes choses, permanent et impermanent sont dépourvus de sens, et que toute croyance à ce sujet n’y changera jamais rien. Autrement dit, aucune croyance ne saurait être correcte ou incorrecte en ce qui concerne le mode réel des choses.
La présente stance n’est donc pas là pour prouver qu’il n’est pas incorrect de croire à la permanence des choses, et moins encore pour imposer au monde la croyance à la vacuité.

15. La façon de croire, la croyance,
Le sujet qui croit et ce qu’il croit
Sont tous totalement apaisés :
C’est ainsi que croire n’existe pas.


Soit, l’éternalisme et les autres méprises sont dénuées de toute existence, mais n’en reste-t-il pas moins que la « croyance » qui sous-tend chaque méprise est réelle pour sa part ? G. Bugault traduit le sanskrit graha (tib. ‘dzin pa) le plus étymologiquement qu’il se peut par « prise ». Il explique, p. 293 : « Graha : prise sensible ou perception ; intellectuelle ou notion, croyance. Bref tout geste de préhension, toute prise de position. »
Nâgârjuna répond alors que si l’on admet quelque croyance que ce soit – l’« acte nu de croire » (tib. ‘dzin pa tsam) –, quelque intime position, consciente ou non, à partir de laquelle on saisit les choses, les appréhende ou s’en empare, il faudra admettre l’existence réelle du sujet qui croit, de ce qu’il croit et de l’acte de croire lui-même.
15a : La « façon de croire » (tib. gang gis ‘dzin, ssk. yena grhnâti), que Bugault traduit « l’instrument de la prise », correspond à un « -isme » quelconque selon la glose de Mipham, ‘dzin stangs, p. 424/1 ; « croyance » vaut pour le tib. ‘dzin gang, ssk. yo grâho, au sens non de « celui qui croit » mais de « ce qu’est (gang / yas) la croyance (‘dzin pa / grâho) » ;
15b : Le « sujet qui croit » (tib. ‘dzin pa po, ssk. grâhin) « et ce qu’il croit » (tib. dang gang gzung ba, ssk. tâ yac ca grhyate) sont clairs.
15c : Tous ces éléments constituants de la « prise » ou de la croyance sont « totalement apaisés » par nature puisqu’ils ne sont naturellement jamais nés, ainsi qu’on l’aura vu au chapitre II du présent ouvrage, à propos des conditions.
15d : Pour citer Mipham, p. 424/3 : « L’agent, l’objet et l’acte [de croire] sont dépourvus d’essence (ou d’existence réelle), et "c’est ainsi que croire n’existe pas". »

16. Qu’elle soit fausse ou juste,
Dès lors qu’il n’y a pas de croyance,
Qui se méprend ?
Qui ne se méprend pas ?


Réfutation générale de l’existence réelle de l’individu qui se méprend.

17. Il n’est pas de méprise possible pour ceux
Qui ont fini de se méprendre.
Il n’est pas de méprise possible pour ceux
Qui ne se sont point mépris.


Réfutations particulières de l’existence réelle de l’individu qui se méprend.
17ab : Il n’est pas nécessaire que, s’étant déjà mépris, ils se méprennent encore.
17cd : De ceux-là font partie les bouddhas.

18. Et il n’est pas de méprise possible pour ceux
Qui sont en train de se méprendre :
Cherchez vous-même pour qui
La méprise est possible !


18ab : « Être en train de se méprendre », c’est être libre de la méprise qui vient d’avoir lieu tout en n’étant pas impliqué dans celle qui n’a pas encore commencé. Le raisonnement est le même que pour le pas en train de s’accomplir : cf. II 1, III 3, VII 14, X 13, XIV 8 et XVI 7.

19. Comment y aurait-il des méprises
Qui ne soient jamais nées ?
Si les méprises ne naissent pas,
Où est l’être qui se méprend ?


Nul ne peut se méprendre dès lors qu’il n’y a point de méprise.

20. S’il n’est rien qui naisse de soi-même,
D’autre chose, ou encore de soi-même
Et d’autre chose, où y aura-t-il
Quiconque pour se méprendre ?


La naissance est impossible aussi bien pour la méprise que pour l’individu qui se méprend. On se rappellera que cet individu désigne autant l’être animé en général que – l’individu n’existant pas en tant que tel – l’instant de conscience en train de se méprendre, autrement dit le sujet de la méprise.

21. Si le soi, le pur, le permanent
Et l’heureux existent,
Le soi, le pur, le permanent
Et l’heureux ne sont point méprises.


La méprise est impossible si ses quatre objets existent vraiment en étant réellement ce qu’ils sont ou désignent. Dans ce cas, il n’est toujours personne pour se méprendre.

22. Si le soi, le pur, le permanent
Et l’heureux n’existent pas,
Le sans-soi, l’impur, l’impermanent
Et la souffrance n’existent pas.


Non seulement personne ne peut se méprendre sur ce qui n’existe pas, mais personne non plus ne peut le « réaliser authentiquement » ou en avoir une « vue juste ».
« Ceux qui aspirent à la libération, conclut Mipham, p. 426/2-3, renonceront à l’idée de méprise sous ses huit aspects. »

23. Ainsi, avec la cessation des méprises
Cessera l’ignorance et, dès lors
Que l’ignorance cessera, cesseront
Les composants et tout ce qui s’ensuit.


Ayant ainsi montré l’irréalité de l’ignorance, Nâgârjuna fait valoir que les onze facteurs de la production interdépendante qui en découlent n’ont plus de raison d’être. En finir avec la vieillesse-et-la-mort, c’est atteindre la libération. Voilà pourquoi il importe d’intégrer par la méditation cette « cessation des méprises » (ssk. viparyaya-nirodha) lorsque, grâce à la réflexion, on a correctement assimilé la réfutation logique de l’existence réelle de toute méprise.

24. Si quiconque était affecté d’émotions
Négatives existant par elles-mêmes,
Comment les éliminerait-il ?
Qui peut éliminer ce qui existe [réellement] ?


En conclusion de ce chapitre, Nâgârjuna explique qu’il n’y a pas lieu de chercher la cessation d’une ignorance qui n’a jamais eu la moindre réalité en soi et par soi, de même que l’on n’a jamais vu quiconque chercher à débarrasser le ciel de ses ronces. Cependant, à ceux qui, bon gré mal gré, acceptent l’irréalité de l’ignorance tout en déplorant le caractère évident de ses effets – le cercle des existences –, il rappelle que si les émotions négatives étaient réelles, elles seraient éternelles, immuables, etc., et qu’il serait impossible de s’en libérer, de même qu’il est impossible de subtiliser à l’espace sa qualité de ne faire obstruction à rien.

25. Si quiconque était affecté d’émotions
Négatives inexistantes par elles-mêmes,
Comment les éliminerait-il ?
Qui peut éliminer ce qui n’existe pas ?


Enfin, s’il n’est rien à éliminer, c’est de l’idée même d’élimination qu’il restera à se libérer.

Craquant, non ?

23:14 Publié dans Bouddheries | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : questions

mercredi, 12 mars 2008

Testament de Zurchungpa, art. 70


Fils, il y a cinq choses que tu ne trouveras pas :

Tu ne trouveras pas d'objets dehors.
Tu ne trouveras pas d'esprit dedans.
Tu ne trouveras pas de corps entre les deux.
Tu ne trouveras pas l'être ordinaire que tu ne voudrais plus être.
Tu ne trouveras pas le bouddha que tu voudrais être.


D'après Dilgo Khyentsé Rinpoché, Zurchungpa's Testament, trad. Padmakara Translation Group, Ithaca (USA), Snow Lion, 2006, p. 308.

23:34 Publié dans Bouddheries | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : questions