Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 05 mai 2006

Impermanence

Le bodhisattva grand être Mahâmati interrogea de nouveau le Bouddha :
– Les non-bouddhistes parlent tous, à tort et travers, d’impermanence. Vous aussi, Vénéré des mondes, vous avez dit : « Impermanents sont les facteurs de composition [puisqu’ils sont] sujets à la naissance et à la cessation. » J’ignore si cet enseignement est juste ou faux. Combien de types d’impermanence peut-on distinguer ?
– Mahâmati, répondit le Bouddha, on peut distinguer sept types d’impermanence dans les enseignements des non-bouddhistes, mais ce n’est pas ainsi que, pour ma part, je vois les choses .
1. Pour certains, l’impermanence désigne la dégradation de ce qui a un commencement. En effet, ce qui est né ne naîtra plus du fait de l’impermanence .
2. Pour d’autres, l’impermanence désigne la dégradation de l’aspect.
3. Pour d’autres, la forme est impermanente.
4. Pour d’autres, l’impermanence désigne le caractère changeant de la forme. [En effet,] toutes choses poursuivent leur cours sans interruption tandis que certains changements les accompagnent jusqu’à leur cessation naturelle. C’est ainsi que le lait se transforme en yaourt sans que l’on perçoive les dégradations qui l’amènent à ainsi se transformer.
5. Pour d’autres, les choses sont impermanentes.
6. Pour d’autres, c’est l’irréalité des choses qui est impermanente.
7. Pour d’autres, [enfin,], l’impermanence des choses désigne le fait qu’elles ne naissent pas, et cette impermanence imprègne toutes choses.

L’impermanence de l’irréalité des choses désigne la destruction mutuelle des grands éléments et de leurs dérivés, lesquels éléments sont fondamentalement dépourvus d’essence propre.
L’impermanence de ce qui ne naît pas désigne le fait que la permanence, l’impermanence, l’existence, l’inexistence et toutes les caractéristiques de cet ordre ne sont jamais venues à l’être, de même que l’analyse [des objets] jusqu’en leurs atomes ne montre rien qui puisse être perçu : rien ne se manifestant alors, on parle de sans-naissance. Ainsi peut se définir l’impermanence du sans-naissance, laquelle toutefois, incomprise, renvoie à l’impermanence que les non-bouddhistes attribuent à ce qui est né [selon eux].
L’impermanence des choses n’est qu’une idée que l’on peut naturellement se faire à propos de ce qui n’est ni permanent ni impermanent. Que dit cette idée ? Que l’impermanence ne s’affecte pas elle-même en affectant toutes choses, et que si l’impermanence n’affectait pas toutes choses, celles-ci ne cesseraient jamais. Ainsi peut-on voir qu’un bâton, un marteau ou une pierre peuvent casser d’autres choses sans se casser eux-mêmes.
L’évidence, Mahâmati, montre qu’il n’y a pas de différence de type causal entre l’impermanence et les choses puisqu’il est impossible de réellement distinguer l’impermanence de ses effets. Il faudrait pour cela que la cause et l’effet soient tous deux permanents, puisqu’on n’a jamais vu de cause réelle à l’origine de la cessation des choses.
En fait, Mahâmati, la dégradation et la cessation des choses ont une cause que les sots du commun ne peuvent pas connaître. Mahâmati, une cause d’un certain type ne peut pas produire un effet d’un autre type. Si cela se pouvait, toutes les entités les plus diverses s’engendreraient les unes les autres et il n’y aurait plus de différence entre entre les entités causes et les entités effets. Or cette différence étant évidente, il est impossible qu’une cause produise un effet d’un tout autre genre qu’elle-même .
Mahâmati, si l’impermanence était une entité [réellement] existante, elle serait impermanente, elle aussi, comme les objets qu’elle affecte, alors que ceux-ci deviendraient permanents à leur tour. Si, par ailleurs, Mahâmati, l’impermanence réside au sein même des choses, elle traversera les trois moments du temps comme les choses : elle disparaîtra avec la forme passée, n’existera pas [dans la forme] à venir et au présent cessera avec [la forme]. Les non-bouddhistes croient tous que les quatre grands éléments ont une essence et une substance indestructibles. Les formes ne sont que des différenciations des éléments qui les constituent. Et puisque formes et éléments ne sont ni les mêmes ni différents, les uns comme les autres seront par essence indestructibles. Mahâmati, dans les trois mondes où il n’est aucune cause ni aucun effet qui ne naisse, ne dure, ni ne cesse, pourquoi faudrait-il, en plus, une impermanence qui naîtrait dans les choses sans plus jamais cesser ?
L’impermanence en tant que dégradation du commencement ne signifie pas que les éléments s’engendrent les uns les autres, puisqu’ils diffèrent [essentiellement] les uns des autres, ni qu’ils s’engendrent eux-mêmes, puisqu’ils ne peuvent se différencier [chacun en cause et effet], ni que deux d’entre eux s’associent pour en produire un troisième, puisqu’ils n’ont [individuellement] rien de commun. Sache alors, [Mahâmati,] que cette impermanence du commencement n’a pas de sens.
L’impermanence en tant que dégradation de l’aspect n’est pas la dégradation des éléments ni de leurs dérivés mais seulement l’altération de l’apparence [de la chose]. En d’autres termes, quand on analyse une forme jusqu’en ses atomes, ce sont ses mesures seulement que l’on voit s’évanouir sans que disparaissent les grands éléments et leurs dérivés, lesquels constituent la substance de cette forme. Cette vue est particulière à la philosophie sâmkhya .
Les formes sont impermanentes, et c’est cela que veut dire l’impermanence en tant que dégradation de l’aspect, qui n’est donc pas celle des grands éléments. Si les grands éléments étaient impermanents eux aussi, il n’y aurait pas de monde, pas d’histoire. Dire que le monde n’existe pas, c’est penser en sophiste, dont l’idée que les choses naissent d’elles-mêmes n’est qu’un jeu de langage.
Pour ceux qui pensent que l’impermanence désigne les transformations, c’est la structure de la forme qui change et non les grands éléments. Ainsi des ornements en or qui s’altèrent sans que jamais leur or ne change.
Voilà comment, Mahâmati, les non-bouddhistes conçoivent erronément l’impermanence en donnant l’exemple du feu : le feu ne peut pas consumer sa propre nature dans tout ce qui brûle mais seulement la disperser, car s’il le pouvait, il disparaîtrait avec ses dérivés.
Pour ma part, Mahâmati, j’enseigne que les choses ne sont ni permanentes ni impermanentes parce que 1. je ne perçois pas d’objets extérieurs [à mon esprit], 2. les trois mondes ne sont qu’esprit, 3. je ne définis rien, 4. toute la variété [de la matière] qui dérive des quatre grands éléments ne naît ni ne cesse, 5. [permanence et impermanence] ne peuvent s’appliquer aux grands éléments ni à leurs dérivés, 6. le sujet et l’objet de la perception en tant que deux substances séparées ne sont que des idées fictives, 7. je connais selon le réel la véritable nature de ces deux pôles de la perception, 9. j’ai compris et réalisé que ce n’étaient que des perceptions au sein de mon esprit, 10. je n’ai pas de vision dualiste de l’existence ou de l’inexistence des [objets] extérieurs, 11. enfin, comme je ne vois ni être ni non-être, je ne conçois pas d’éléments ni de dérivés des éléments.
Mahâmati, tout ce que l’on trouve dans le monde, hors du monde et suprêmement hors du monde, tout cela, ce ne sont que les pensées de chacun : rien de permanent, rien d’impermanent. Ceux qui ne peuvent le réaliser versent dans les vues fausses du dualisme. Mahâmati, aucun non-bouddhiste ne pouvant comprendre les réalités [mondaines, extramondaines et suprêmement extramondaines], il imagine sa propre explication et s’attache à leur impermanence purement verbale. Mahâmati, les sots du commun ne peuvent pas connaître tous les discours ni toutes les fictions que ces trois ordres de réalités ont inspirés.

Le Vénéré des mondes reprit alors en vers :

Quand le commencement se dégrade,
Quand l’aspect change,
Les non-bouddhistes conçoivent erronément
Que les formes, les objets sont impermanents.

Les choses ne se détruisent pas,
Les grands éléments durent dans leur essence :
Ainsi les philosophies non-bouddhistes
Expliquent-elles l’impermanence.

Tous les non-bouddhistes parlent
[D’une substance] qui ne naît ni ne cesse :
Les grands éléments étant éternels par nature,
À qui échoit donc l’impermanence ?

Tous les instants du sujet et de l’objet
De la perception ne sont qu’esprit :
Cette dualité jaillit de l’esprit
Sans qu’il faille ni moi ni mien.

J’enseigne que les cieux de Brahmâ
Ne sont qu’esprit
Et qu’en dehors de l’esprit
On ne peut rien trouver.

Lankâ, III, 23

La Marche

 

 

 

Je ne marche pas entre
Le pas que je viens de faire
Et celui que je vais faire,
Qui tous deux sont immobiles.

La marche n'est-elle pas le mouvement
Qui opère entre un pas et le suivant?
Qu'est-ce qui bouge entre les deux?
Pourrais-je rester immobile en marchant?

Si je bouge quand je marche,
Cela fait deux mouvements:
L'un qui me fait bouger et l'autre mon pied --
Nous voilà deux à nous balader!

Pas de marche sans marcheur
Ni de marcheur sans marche.
Puis-je dire que les marcheurs marchent?
Ne pourrais-je pas dire qu'ils ne marchent pas?

La marche ne commence pas
Avec les pas faits ou à faire,
Ni dans l'acte même de marcher.
Où donc commence la marche?

Avant que je lève le pied,
Y a-t-il mouvement?
Un pas fait ou à venir
Où la marche commencerait?

Qu'est-ce qui s'en est allé?
Qu'est-ce qui se déplace?
Qu'est-ce qui est promis à venir?

Puis-je parler de "marcheur"
Quand jamais ne finissent la marche
Ni les pas accomplis ou à venir?

Si la marche et le marcheur ne faisaient qu'un,
Je ne pourrais pas parler d'eux séparément;
S'ils étaient différents,
Il y aurait des marcheurs qui ne marchent pas.

Ces pieds qui bougent révèlent un marcheur
Mais ils ne l'ont pas mis en route.
Il n'y avait pas de marcheur avant le départ.
Qui allait où?

Nâgârjuna, Versets jaillis du centre

jeudi, 04 mai 2006

Esprit-Seulement

Par-delà toutes les opinions,
Toutes les idées et toutes les fictions,
Rien n’existe et rien ne naît :
Voilà ce que j’appelle Esprit-Seulement.

Lankâ, III, 8